Posted by: kimoki | 7 juin 2008

La girafe bleue voyage

La girafe bleue voyage par Blu Cypang - 2008

La girafe bleue a marché longtemps, longtemps pour arriver jusqu’ici… Avec ses longues pattes, ce n’était pas véritablement une épreuve, plutôt un grand défi qu’elle s’était lancé à elle-même. Elle n’allait pas passer sa vie à manger les feuilles des arbres de son Afrique natale, il lui fallait des mets plus curieux et surtout d’autres paysages …

Elle marcha longtemps, longtemps. Au bout du bout de la savane, ce n’était déjà plus si simple. Elle devait devenir autre, oublier sa langue, changer de cœur et de costume. Toute charmante qu’elle fut, sa peau léopardisée ne passait pas la frontière. Il fallait s’en remettre aux seigneurs du désert pour aller plus loin. Mêlée aux dromadaires, munie de deux outres sur le dos, emmaillotée de chèches indigo, elle entama le périple le plus long, le plus amer, le plus profond. Sa vie en fut changée, comme sa peau, qui prit la couleur bleue de ses guides touaregs.

Enfin la ville blanche au bord de la mer, la traversée secrète, et seule, encore marcher vers le Nord. Désormais, toujours la nuit. Depuis, des traces bleues marquent son passage. Elle laisse son empreinte sur les murs des villes amies et n’aime rien tant que les rires d’enfants qui la découvrent, la caressent. On dit qu’elle ne se nourrit que de joubarbe des toits et autres sedums ou des délicieuses inflorescences du tilleul. En laissant un panier rempli de ces douceurs près de son image, peut-être arriverez-vous à la rencontrer un jour ou l’autre ?

Si vous la voyez, en vrai, surtout fermez les yeux, le voyage commence.

  • une histoire écrite par Blu Cypang, sur une incitation urbaine impérieuse du 5 juin 2008, photomontage de KimokiContes, 2008.
Posted by: kimoki | 31 mai 2008

L’écriveur pirate : mini-nouvelle

UTW-83, serveur informatique du complexe Y9-ZK5L, aime les livres, rangés par millions dans sa mémoire. Sa vie est monotone : « restaurer les pixels endommagés, balayer les colonnes, épousseter les bogues. »

Mais au cœur de ses chers livres, scannés à une vitesse folle, quel bonheur ! Des termes quasi inconnus désormais : élégance, famille, crécelle ou encore cramoisi, appogiature… UTW répertorie des fêtes de mots. Il lance des rencontres virtuelles entre ses protégés. Il conçoit même un programme pour engranger discrètement ses réussites les plus fulgurantes, bien éparpillées dans les fichiers binaires noirs et blancs.

Vite ! Le Grand Aspirateur inspecte ses données. Les minuscules grains de rêve se figent. Toujours des dégâts… Avec cinq pour cent de mémoire pirate, UTW lance une sauvegarde. Les aspérités réapparaissent, dans l’infime miroitement de son œuvre invisible.

La première phrase le ravit toujours autant : « la marquise sortit à cinq heures ».

  • Une mini-nouvelle de Blu Cypang, écrite en réponse au concours 2008 lancé par la Médiathèque de Montélimar

 

  • 3 juin 2008 : sur le site de la médiathèque de Montélimar, sont en ligne les Résultats du concours “Vous m’ferez 10 lignes” 2008.

Yukiko vignette - (c) Germaine Caillou 2008 Depuis le lancement le 17 mai 2008 des 36 histoires sur le thème du secret répondant au Projet5 de Ricochet-jeunes, le conte de Yukiko écrit par Blu Cypang et mis en images par Germaine Caillou a été mis à jour. À (re)découvrir en suivant ce lien Yukiko est triste (Yukiko et le secret du chrysanthème).

L’invitation était séduisante et plusieurs auteurs et illustrateurs pour la jeunesse ont souhaité travailler ensemble autour d’un thème commun : le secret.

Les auteurs ont écrit des histoires extraordinaires dont ils ont le secret. Les illustrateurs ont donné vie aux textes qui les touchaient. Sont ainsi nées 36 histoires en images. Un nombre minimum d’illustrations était demandé, mais ce n’est un secret pour personne, rien n’arrête un illustrateur passionné… Quelques-uns ont laissé des indices, des petits cailloux blancs, des morceaux de pages sur leurs blogs, pour entretenir le suspense, mais en respectant avec bonheur et fébrilité la consigne de motus et billets cousus, intégralement.

Ce projet, le cinquième du genre, est né grâce à Ricochet, un site consacré à la littérature de jeunesse. Chaque année, les règles sont différentes, et établies collectivement. Pour le projet 5, les règles du jeu ont été discutées sur le blog dédié au projet.

De belles rencontres ont eu lieu dans l’aventure. Nous espérons que vous en ferez d’aussi belles en découvrant les histoires.

Lancement du site : 17 mai 2008

À venir ! l’histoire de blu cypang et germaine caillou : Yukiko et le secret du chrysanthème

Mise à jour : 36 histoires sur le secret chut ici…

Yukiko est triste : lien vers l’histoire en ligne Yukiko et le secret du chrysanthème

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blu cypang et germaine caillou - Yukiko et le secret du chrysanthème - 2008

Posted by: kimoki | 12 mai 2008

(Marionnettes pour) Le dragon amoureux

  • Une histoire à raconter comme ça, avec les mots, les images, la musique du conteur : pour la trame et le texte, voir le précédent billet : Le dragon amoureux.
  • Une histoire à dire aussi dans le cadre du théâtre miniature, celui des marionnettes. En voici un mini déroulé et quelques vues.

Voir plus…

Posted by: kimoki | 28 avril 2008

Au jardin du loup gris

La femme du loup gris, conte populaire de Bretagne

La troisième fille du roi vient rencontrer le loup gris qu’elle consent à épouser. Son père, égaré dans la forêt au cours d’une chasse, avait trouvé l’hospitalité dans un château où vivaient deux loups. Menacé de mort et que soit mis “tout le royaume à feu et à sang”, s’il ne donnait pas l’une de ses filles en mariage, le roi, après le refus de ses deux aînées, conduit sa plus jeune fille au château pour ses noces.

Quel lieu est-ce là ? et comment y trouvera-t-elle sa place ? Le conte le dira, si vous l’écoutez… Car le loup est galant homme, et il saura apprivoiser la belle.

“Vous pouvez aller partout, madame, et vous promener dans le château comme dans ses jardins.” Mais les grands salons en enfilade, toujours déserts, où elle se voyait servie sans même avoir prononcé une parole, l’inquiétaient, et même lui faisaient peur. Elle aimait mieux la compagnie des arbres et des plantes.

Elle pousse alors la porte tressée du jardin des simples, d’abord, où l’on cueille des herbes et où l’on glane, sans le savoir, des conseils.

J’ai descendu dans mon jardin,
j’ai descendu dans mon jardin,
pour y cueillir du romarin…
gentil coquelicot, mesdames,
gentil coquelicot nouveau

L’air est là tout saturé d’arômes. Les allées crissent sous ses pas. Lorsqu’elle se penche, le ponceau déplisse gaiement sa robe cramoisie.

Papaver Rhoeas - Pablo Alberto Salguero Quiles

A travers les arceaux des plessis, d’autres lieux se devinent : du potager l’on passe à la charmille, et plus loin, des carrés, des fontaines, des bancs de buis. Des broderies végétales retracent le jardin d’amour d’un coeur tendrement, tristement, passionnément, violemment épris.

parterres d\'amour - Photo par Claude, août 2005 - Wikipedia

Au détour d’une allée, elle frissonne et croit voir une statue s’animer, mais ce n’est que le vent…

De loin, elle voit le loup approcher et venir à sa rencontre, vêtu comme un chevalier, curieusement séduisant. Sans un mot, il lui tend son bras sur lequel elle pose la main. De son habit s’exhale une odeur aromatique et épicée. Aucun des deux ne parle, le sentier est étroit, le bosquet plus épais. Ils marchent longtemps… longtemps. Enfin, les voilà arrivés à une clairière, au moment où le soleil va se coucher. Il y a là une maison, petite, un porche au dallage usé, des flambeaux allumés. Le loup gris a dans les mains un luth… Le conte reprend.

Le loup musicien, au jardin d\'amour

  • Un texte écrit par Blu Cypang, en tissant et retissant des images dans la trame du conte populaire breton “La femme du loup gris”. Les collages avec la figure du loup sont aussi de Blu Cypang. L’évocation du jardin imaginaire du loup gris répond à l’invitation de Vanessa pour la série “Passeurs d’imaginaires”.

Inspiration et sources, parmi d’autres

La femme du loup gris, in : Contes populaires de Basse-Bretagne, par François Marie Luzel, t. 1, p. 318-340, Paris, Maisonneuve et Larose, et en ligne sur le site Légendes bretonnes
Jardins médiévaux : voir Prieuré d’Orsan (Cher) et jardin du Musée national du Moyen Age
Les jardins du château de Villandry (Indre-et-Loire) : Wikimedia commons

Posted by: kimoki | 20 avril 2008

Fiancés animaux : La Belle et la Bête

Extrait du film La Belle et la Bête, réalisé par Jean Cocteau en 1946

Davantage d’extraits du même film d’après la sélection d’am0123 sur YouTube

Texte du conte de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, 1757

Posted by: kimoki | 9 avril 2008

Le Roi des Corbeaux ~ Lo Rei de las Agraulas

Bandeau Le Roi des Corbeaux (c) Florence Souvrain 2001

Lorsque la troisième fille de l’homme qu’était venu voir le Roi des corbeaux fut arrivée au château où elle devrait vivre désormais, son coeur était horriblement serré. Mais elle avait accepté d’épouser cette étrange créature et il n’était plus temps de revenir en arrière. Reine elle était désormais, et sa vie était différente, du tout au tout. Après avoir appris à connaître son époux, elle le perdit et devint, comme tant d’autres, “Celle qui partit en quête de l’époux disparu”…

La trame du conte
Le Roi des Corbeaux appartient au conte-type de l’époux-animal (AT 425) : maléfice infligé à un homme changé en animal ; demande faite au père de trois filles ; refus des deux aînées et acceptation de la plus jeune ; son mariage et son départ avec l’époux-animal ; vie lointaine ; solitude ; rencontre d’une lavandière et aide de la reine qui met fin à un sortilège ; violation de l’interdit (voir son époux sous son aspect nocturne) ; l’époux quitte le château, prisonnier de l’être malfaisant responsable de sa première métamorphose ; recherche de l’époux et épreuves de la reine ; aide de la lavandière (souliers de fer, besace, gourde, couteau d’or, chercher “l’herbe bleue, l’herbe qui chante nuit et jour, l’herbe qui brise le fer” ; quête ; les loups blanc et noir gardiens du Roi des corbeaux ; délivrance et réunion des deux époux. (Aarne-Thompson 425 X / Delarue 87 / Swahn RF9)
Collecté par Jean-François Bladé, Le Roi des Corbeaux est un conte populaire de Gascogne. En voici le début, en langue d’oc :

Jo sabi un conte.
I avèva un còp un òme qu’èra verd coma l’èrba, e qu’avèva pas qu’un oelh au bèth miei deu front. Aqueth Òme verd demorava au bòrd deu bòsc de l’Arramèr, deguentz un vielh ostau. Dambe eth demoràvann tres hilhas ; l’ainada bèra coma lo jorn ; la caddèta mes bèra que l’ainada ; la darrèra, qu’avèva pas que dètz anns, mes bèra que las duas autas.”

Sources :
Jean-François Bladé. Contes de Gascogne. Collecte choisie et présentée par Françoise Morvan. Rennes, Éditions Ouest-France, 2004 (p. 263-290, version en français suivie du texte en gascon).
Jean-François Bladé. Contes populaires de la Gascogne : Countes de Gascounha. Version bilingue gascon-français. Pau, Princi Negue, 2002 (p. 16-33, les deux textes en vis-à-vis).
Des belles et des bêtes. Anthologie de fiancés animaux. Édition établie et postfacée par Fabienne Raphoz. Paris, José Corti, 2003 (p. 211-221). voir la présentation de l’ouvrage
Contes de la Gascogne : Le Roi des Corbeaux. Contes collectés par Jean-François Bladé, choisis et adaptés par Nathalie Daladier, illustrés par Alice Charbin. Paris, L’École des Loisirs, collection « Neuf ».

Edouard Manet, Le Corbeau, 1875

A la recherche d’un site disparu
Comme la jeune femme du conte, il nous a fallu, après avoir découvert et visité quelques fois en 2005 le site auquel est emprunté le bandeau en tête de ce billet, se résoudre à le voir disparaître… Il s’agit d’un site interactif qui se présente ainsi sur le web entre mai 2001 et fin 2005 : “Le Roi des Corbeaux est un conte destiné aux enfants, écrit, dessiné et animé par Florence Souvrain.

Les interrogations par moteurs de recherche interposés donnent toutes (vous pouvez faire le test) la réponse irrémédiablement désespérante : “Erreur 404″ et toutes ses variantes. Alors chaussons nos souliers de fer, enfonçons-nous dans la forêt webophage et oublieuse, et cherchons des traces. Il en existe.

Le site créé par Florence Souvrain est apparu sur le web sous plusieurs URL :
http://flosou.club.fr/leroidescorbeaux/
http://perso.club-internet.fr/flosou/leroidescorbeaux/
http://www.loveonthebeach.com/leroidescorbeaux/
La dernière adresse apparaît comme la plus pérenne, jusqu’à la fermeture du site.

Florence Souvrain Page personnelle “jeunes illustrateurs” sur le site ricochet-jeunes.org Florence Souvrain reproduisant cinq pages illustrées du site Le Roi des Corbeaux

Revue de citations web témoins
Rappel : les liens vers les pages du conte illustré sont aujourd’hui tous cassés, seuls les commentaires, souvent enthousiastes, témoignent de l’intérêt trouvé à ce projet inventif, en animation Flash.

  • 2001 Répertoire Francité > Culture et société > Enfants [2001-11-09] sous l’intitulé “conte pour enfants”
  • 2005 Lycée français René Cassin, Oslo : Histoires, contes et romans en ligne [2005-01-04], sous l’intitulé “Un conte illustré et animé…”

Dans le grenier du web
Ensuite, on a recours aux immenses serveurs où de grands moissonneurs robotisés archivent depuis 1996 de multiples pages de notre toile mondiale : InternetArchive

Le site Le Roi des Corbeaux est là, en morceaux, comme un automate désossé. Un mécanimestre patient pourrait sans doute restaurer chaque page. Pour donner envie, pour rappeler peut-être la créatrice, voici quelques morceaux, tous sont © Florence Souvrain ! Puisse ce billet lui parvenir dans son île lointaine…

Le Roi des Corbeaux, conte écrit et illustré par Florence Souvrain -

    dans le château, une énorme chouette(c) Florence Souvrain

- Ludmilla à la chandelle - (c) Florence Souvrain - (c) Florence Souvrain

Sources des images : © Florence Souvrain (via l’archive de son site web) - Édouard Manet, illustration pour Le Corbeau, d’Edgar Allan Poe, 1875.

Plusieurs illustrateurs et auteurs en littérature jeunesse se sont lancés depuis cinq mois dans l’aventure du Projet 5 Ricochet, sur le thème du secret. Plus d’une trentaine de binômes constitués à ce jour.

Blu Cypang a proposé un texte et fait équipe avec Germaine Caillou (avec bonheur!). Pour soulever un pan du voile, suivre ce ruban noué.

L’ensemble des histoires sera disponible en ligne le 17 mai.

Posted by: kimoki | 15 mars 2008

Universal Dolphin Translator

Ce jour-là, Malcolm allait d’un bon pas en descendant le chemin qui l’amenait vers la plage de Māhia, sur la côte est de l’Ile du Nord.

Nukutaurua, Māhia Peninsula
Nukutaurua, Péninsule de Māhia (c) TeAra - The Encyclopedy of New Zealand

En des temps anciens, ici vivait la belle Rongomaiwahine aux longs cheveux tressés. La renommée de sa beauté avait traversé plaines et rivières, montagnes et forêts. Parvenue jusqu’à Kahungunu, cette renommée avait poussé le héros à voyager longtemps, longtemps, pour connaître Rongomaiwahine, et il était arrivé en haut de cette colline. Face à lui, la mer.
Pour séduire son aimée, Kahungunu, le héros, avait plongé sous les vagues aussi longtemps que les grands cormorans qu’on appelait “karoro”.

En ces temps-là, et aussi loin que l’on remontât dans la mémoire des hommes maori, humains et cachalots vivaient en harmonie. La force donnée par l’esprit des eaux les protégeait. On disait alors que les collines allongées de Pāpāmoa représentaient une famille de cachalots (père, mère et leur petit) échoués là après avoir perdu leur route.

Malcolm pensait à tout cela, à ces légendes anciennes du pays, au vent qui battait la péninsule, aiguë comme une lame, et terrible piège. Que de fois n’avait-il pas lutté pour sauver les cétacés perdus et échoués sur la grève ? Oui, combien de fois ? et il le ferait à nouveau d’autres fois encore, il le savait déjà.

Comme s’il l’avait deviné à l’avance, c’était cette fois-ci une mère cachalot pygmée [Kogia breviceps] et son petit qui gisaient sur la plage, aux petites heures du matin. Un voisin était venu prévenir Malcolm.

Vite, venez ! deux cachalots pygmées encore ! il faut les remettre à la mer… Stranded whales

Après plusieurs tentatives infructueuses, et plus d’une heure et demie d’efforts, la mère et le petit revenant s’échouer sur le banc de sable au lieu de s’éloigner de la côte, Malcolm et son équipe, épuisés, allaient abandonner.

C’est alors qu’ils ont vu s’approcher de la plage Moko.

Moko, le dauphin familier à qui l’on avait donné ce nom, qui jouait si souvent avec les plongeurs de la région. En quelques minutes, les cachalots se sont calmés, et la femelle dauphin, entrée en communication avec les deux cétacés perdus, les a guidés vers la haute et profonde mer.

Malcolm a raconté ensuite avec un grand sourire : Je ne parle ni cachalot ni dauphin, mais j’étais tellement heureux que je me suis jeté à l’eau tout habillé pour caresser Moko et la remercier !

  • Une histoire racontée par Blu Cypang le 15 mars 2008, inspirée par la chronique de Marc Kraveitz (France Culture, Les Matins, 14 mars 2008), qui donnait envie d’en savoir davantage.
    Voir plus…

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