Publié par : kimoki | 25 janvier 2008

Amélie et la sorcière Mange-cris

Aïe ! Pauvre Amélie !

Elle est coincée, vraiment coincée, bouche ouverte, tous ses cris emballés dans des
ffffffffffffffffff, ffffffffffffffffffffff, fffffffffffffffffffff,
en série, en petit train cahotant, en mille-pattes essoufflé, mais impossible de s’arrêter…

La petite fille et la sorcière - (c) Heidi 2007

La sorcière Mange-cris a ensorcelé Amélie.
Si ça continue, elle va être vraiment malade. Elle ne peut pas se laisser vider de son souffle comme ça. Et impossible d’appeler au secours.

Alors, ce sont les cheveux d’Amélie qui crient à sa place, la robe d’Amélie qui devient raide comme une girouette grinçant dans le vent.

La Fée Lumière qui passe par là voit bien qu’il y a quelque chose de bizarre dans ce coin de la ville. Les enfants ne rient pas, ne jouent plus. Ils regardent Amélie toute raide, et la sorcière qui tire des milliers de FFFFFFFFFFFFFFFFFFFFF de sa bouche. Les cris flottent dans l’air comme des bulles. La sorcière Mange-cris est prête à les avaler un à un, délicatement, avec délices.

– Holà ! Arrête !
La Fée Lumière bloque net la pauvre voix enrouée d’Amélie. Elle met les morceaux de cris, tous étourdis, tous meurtris, dans un grand bocal. De la baguette de la fée tombent des tas d’étoiles, la robe noire de Mange-cris prend des couleurs arc-en-ciel et elle s’en va en pestant :
– Gggrrrrr, pfffff, kkkkrrrr, kkkkkrrrr !

– Ouf… Amélie pousse un gros soupir. Mais elle ne peut plus parler, même pas dire « MERCI » à la fée.

– Je peux arrêter le souffle qui s’enfuit, attiré par la méchante Mange-cris, mais je ne peux pas le remettre en marche, s’excuse la Fée Lumière. Amélie secoue la tête et sourit : c’est déjà bien beau d’avoir chassé la sorcière.
Que faire ?

Simon, qui venait pour jouer avec Amélie, apprend toute l’histoire. Il a une idée !
– Je vais apprivoiser tous les sons enfermés dans le bocal. Ils ont eu très peur, mais je vais leur donner envie de sortir. Les sons, ça ne peut pas rester toujours dans le silence. C’est comme nous, on ne peut pas passer notre vie dans le noir.

Et Claaaaaaac, Simon casse une vieille assiette
Pouf, Pouf, Pouf, il jette un ballon contre le mur
Cric Tchakaaa tok tok tok, la crécelle tourne sur elle-même.

Amélie se frotte les oreilles, ferme les yeux et serre le bocal contre elle. Elle pense très fort au plaisir de chanter, de rire, de parler, tous les jours, quand elle veut, de se taire, quand elle veut.

Elle appelle sa voix. Les mots se bousculent dans sa poitrine, dans sa gorge, ils râclent, on dirait du gravier. Simon l’encourage et les enfants tous, très doucement, chantent :
– Vas-y, Amélie. Vas-y, Amélie…

– Aaaaaah … Toc toc… Tic tic… Mmmmm… Mmmmm… Ouuuuuuuuuuuu… Ouuuuuuuuuuuuuu… Ouf! ça y est.

La Fée Lumière s’est déjà éclipsée, mais elle a emporté un souvenir. Quelqu’un m’a dit qu’elle avait vu Amélie poser un bisou sur la joue de Simon. C’était bien mérité, non ?

Source : Une histoire écrite par Blu Cypang, sur une idée originale d’ART.himane et Heidi, commencée sur le blog de l’artiste et développée sur Kimiki Contes avec leur autorisation. Merci à tous deux pour leur gentillesse, d’autres pistes, d’autres variations sont ouvertes, bien sûr.

Commentaires et suggestions bienvenus.

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