Publié par : kimoki | 15 février 2009

Quelques rites de parole vivante

Chez certains, la parole est aisée, chez d’autres moins…

Alors voici quelques rites imaginaires, réels ou inventés, confiés, exorables et bénéfiques, destinés à faciliter l’émission des mots, des histoires, des contes. Pour en écrire, c’est une autre affaire. Longtemps, lorsque c’était important, j’aimais écrire au crayon de bois (pas à l’encre) ; maintenant avec l’ordinateur, les choses changent. Mais là n’est pas la difficulté.

Parler, raconter…

Shosenkyo Gorge Yamanashi-ken(Prefecture), Japan

1* Puisque la parole est cachée, et peut-être même souterraine, laisser parler la partie liquide de soi et aller de l’avant avec le torrent à travers rocs et mousses ;

2* Ramener des profondeurs, comme Shimako Okamura nous y invite, dans son album sans texte Underground (Genève, La Joie de lire, 2007), les objets archéologiques, squelettes endormis, pierres précieuses dévoilés par une petite taupe fouisseuse traversant les strates géologiques de la Terre par des galeries souterraines.

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3* Explorer la théorie des intelligences multiples, due à l’Américain Howard Gardner, la critiquer peut-être, peut-être y trouver son miel. S’en servir pour adoucir la gorge nouée, qui bientôt va laisser passer en douceur la colonne d’air ; se confectionner, à usage unique, un modèle d’intelligence sensori-cognitivo-lunaire pour la coulisse et flamboyant-persuasivo-attentif pour la racontée.

Bâiller dans la forêt03-006309_baillement_1917deveria_nortonsimonorg

4* Bâiller, rire, sourire, avoir envie

5* Tisser, comment l’explique Geneviève Calame-Griaule dans la tradition des Dogon du Mali, les mots dans son corps à travers les organes et à partir des éléments de l’univers :

La parole est fabriquée dans les organes du corps humain, à partir des quatre éléments constitutifs de l’univers. L’eau lui donne la vie, la terre son sens, le feu sa chaleur et l’air son souffle. L’« huile du sang » lui confère charme et beauté, ce qui la rend particulièrement efficace. (…)

Dans les profondeurs du corps la parole est forgée : le cœur est le feu, les poumons sont les soufflets, etc. Au niveau de l’appareil phonatoire, la parole, qui s’élève sous forme de vapeur d’eau, devient sonore puis est « tissée » : la langue est la navette, les dents sont le peigne du métier, etc. Le discours se forme dans la bouche, où il reçoit forme, couleur, dessin, et sort comme une bande de coton qui se déroule. Cette image s’applique en particulier à la tradition orale qui doit se transmettre sans rupture d’une génération à une autre, pour assurer la survie de la société. (Pourquoi faut-il raconter des histoires, 2, Paris, 2006, p. 24-25)

6* Regarder, sentir, écouter, toucher de belles choses, les raconter, comme elles sont, si touchantes, avec ses mots à soi

7* Verser chaque jour un verre de poésie à quelqu’un d’assoiffé

Aperçue d’un train qui prend l’ombre pour la vérité…
Mais elle était vraiment belle
et avait les cheveux décoiffés,
les cheveux décoiffés comme si un ange
avait oublié ici sa tête
et enlevé son petit chapeau… (Vladimír Holan, « Aperçue », Une nuit avec Hamlet et autres poèmes, Gallimard, p. 296)

8* Ouvrir la bouche et laisser venir la lumière, la nuit, l’inconnu, le symbolique, le merveilleux

9* Que Flore et l’inspiration t’accompagnent !

  • Un texte écrit par Blu Cypang, à partir de glanes, de concaténations et de désirs, à l’invitation de Vanessa pour une nouvelle série des « Passeurs d’imaginaires ».

Source images : Shosenkyo Gorge Yamanashi-ken(Prefecture), Japan – TANAKA Juuyoh (田中十洋) Creative Commons – ©  Shimako Okamura, Underground, version originale parue en 2004 au Japon – Wikimedia Commons – Camera Work, June 1917, ph. Paul Strand, © Aperture Foundation, P. Strand Archive, cl. RMN – Deveria, Portrait de jeune fille, Norton Simon Museum. Vidéo : extrait d’Atys, tragédie en musique de Jean-Baptiste Lully, d’après un livret de Philippe Quinault. Direction musicale William Christie, mise en scène Jean-Marie Villégier.

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Responses

  1. Oh quelle belle invitation…. je retiens tout, tout, cette eau qui coule, simple petite infiltration au grand torrent; cette recherche en profondeur, au coeur de nous, de nos racines, de nos consolidations; croire en ces multiples façon d’être et de donner vie; bailler un peu… et quelque fois même émettre un rot sur ce qui ne va pas, sonore pour qu’il parte plus vite; reprendre les mots, les digérer, les faire siens… et nôtre; reprendre goût aux belles choses, même les petites, même les toutes petites; prendre les mots comme des poèmes; se laisser aller à l’inspiration….

    et que dire, je suis en train de chercher « Under ground », décidément tentée!


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