Publié par : kimoki | 23 novembre 2009

Variation sur une Cendrillon : dans la maison

Quand sa mère était morte, elle avait senti comme un grand creux dans sa poitrine et même, comme si un vent froid entrait et la traversait. Et tout son amour ne faisait rien à réchauffer ce vide.

Son père lui avait laissé prendre la boîte en bois sculpté où la mère rangeait quelques mouchoirs fins. Elle y avait mis aussi quelques petits cailloux polis de la rivière, que sa mère gardait dans une coupelle, deux images découpées et les rubans d’écorces d’oranges qui n’avaient pas encore fini de sécher le jour où la malade était morte. Mouillés de larmes, les pépins germaient doucement dans un pot devant la fenêtre. Ouvrir le coffret, sentir l’odeur des agrumes et y retrouver la fraîche douceur des embrassades, c’était là son seul trésor.

Le père, las d’être seul, crut, en prenant nouvelle femme, retrouver un peu de bonheur.

Elle s’installa, amena ses deux filles et régentant tout dans la maison, poussa la première enfant hors de la place, hors du jour, hors du soleil, la pressant dru, et toujours rencoignée près de l’âtre.

Lors, ces trois-là s’habillèrent de soie moirée ou brochée, de batiste et de dentelles. Et parlant et riant tout le jour, aussi tout visiteur passant le seuil se fut cru dans une volière. La première fille, silencieuse, ne pouvait sortir qu’avant le jour ou à la nuit tombée. Vêtue de laine et de serge, elle dormait au creux des cendres, affublée bien vite du nom de Cendrillonne.

La mère et ses deux oiselles réclamaient au père des senteurs orientales fortes où l’ambre dominait, à chacun de ses voyages. Non contentes de s’en vernir les avant-bras, les sottes s’en massaient le cou, comme des oies au gavage, sans parvenir à masquer tout à fait leur sillage aigret.

Cendrillonne ne demandait rien. Près d’elle, cela sentait tout ensemble le frais savon, la farine et le bon feu. Chacun de ses pas faisait naître une légère nuée grise, protectrice, qui sait ?. Et qui se fut approché de ses joues — le père l’embrassait-il encore quelques fois ou l’avait-il oubliée, sans plus la voir dans l’ombre de la souillarde ou la touffeur du bugadin ? — qui se fut avancé vers l’orbe de son visage eut découvert, au creux de cette douceur cendrée, une fraîcheur rieuse, un parfum de jardin, de pommes à croquer et de belle eau…

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